Joe Hamman, est-il l’instigateur de la venue de l’équitation américaine en France?

Voici l'histoire d'un homme passionné... par Émilie Sureau, historienne.

Joe Hamman est un homme multicarte, un artiste complet et accompli. Il est tour à tour acteur, écrivain, cinéaste, peintre, cavalier, cascadeur, journaliste, illustrateur…mais c’est avant tout un passionné.

Joe Hamman, probablement dans les années 50. Photo extraite de ses mémoires.

Né en 1883, il est issu d’une famille aisée originaire de Normandie. Il fait ses études au lycée Condorcet à Paris, un temps en Angleterre puis suit des cours à l’école des Beaux-Arts.

En 1889, alors qu’il n’a que 6 ans, ses parents l’emmènent au spectacle du Wild West Show de Buffalo Bill venu à Paris pour l’Exposition Universelle. Cet événement marque pour toujours Joe qui n’aura plus qu’une seule idée en tête : partir à la rencontre des cow-boys et des indiens.

En 1904, il accompagne son père aux Etats-Unis. Ce dernier lui trouve un travail d’employé de bureau pour entreprise de grumes mais il n’a qu’une seule ambition : réaliser un reportage dans les « réserves » indiennes du nord-ouest du pays. Par l’intermédiaire d’une connaissance, il entre en contact avec les indiens. Il traverse le Nebraska et arrive dans le Dakota du Sud. Il passe plusieurs semaines dans le district de Porcupine et visite Wounded Knee et Pine Ridge. Il vit avec les Hommes de la tribu et participe à la vie quotidienne comme n’importe quel membre. C’est un moment important dans la vie de Joe Hamman qui restera sensible à la cause des Indiens d’Amérique et restera marqué par cette incroyable aventure.

Après son séjour dans la réserve, il part vers le Montana pour travailler dans le Ranch 44. Il travaille dur, sa principale activité est la réparation des clôtures. A cette occasion, il décrit les cow-boys non pas comme des hommes violents et bagarreurs mais des gens rudes et travailleurs. Il participe au rassemblement du bétail pour les soins, le marquage et la vente des animaux. Il est frappé par la qualité des chevaux du ranch et admire leur endurance, leur calme et leur capacité à rester immobile.

Il rentre en France avec de beaux souvenirs et surtout l’envie de tourner des films sur les thèmes qu’il affectionne : l’aventure dans les grandes plaines sauvages de l’ouest.

En 1905, le Wild West Show se rend de nouveau à Paris, la troupe s’installe sur le champ de Mars. Joe Hamman accueille ses amis indiens de Pine Ridge et leur fait visiter la capitale. Il participe occasionnellement au spectacle et joue surtout le reporter-photographe. Depuis qu’il est revenu de son voyage aux Etats-Unis, Joe Hamman s’entraine au lasso dans le parc de la Bagatelle. Ayant fait l’acquisition d’un cheval de Camargue nommé « Pieds Blancs », il loue une écurie rue Saint-Charles dans le quartier de Grenelle avec un ami. Il dira à propos de son premier cheval qu’il était « un compagnon de travail, un ami…très intelligent, mauvaise tête, courageux, indépendant. Il galopait là où tout autre cheval se serait cassé une jambe.(1)  »

1- HAMMAN Joe, Du Far-West à Montmartre, Paris, Les Editeurs Français Réunis, 1962, p.81 et 82.

Joe Hamman et Pieds Blancs en 1908, photo Safety Bioscop Company, extraite de ses mémoires.

En 1908, il fonde la Blue Star Association, la première association dédiée à la culture western en France.

Le but est de faire vivre la culture de l’ouest américain par la pratique de l’équitation western, l’entraînement au lasso, au fouet et au tir… Mais Joe est le seul à posséder un cheval alors il demande aux cochers de la Compagnie des Petites Voitures de lui prêter des chevaux pour que les autres membres puissent monter également. Ils s’entraînent sur des terrains vague comme celui Vélodrome d’Hiver alors en construction car les loueurs de manège refusent qu’ils s’adonnent à leurs exercices dangereux chez eux. Ils pratiquent le tir dans les sous-sols d’un magasin boulevard Richard Lenoir. Ils se produisent dans des spectacles notamment sur les champs de course ou pour des fêtes caritatives.

Sa passion pour l’ouest américain ne se limite pas à l’équitation. Entre 1907 et 1939, il écrit, met en scène, dirige et interprète de nombreux films d’action et d’aventure. La plupart de ses films sont tournés en Camargue où il essaie de retrouver l’ambiance des grandes plaines américaines en compagnie de son grand ami le baron Folco de Baroncelli. Joe Hamman est la première personne à avoir tourné des films western en France. Il est à la fois visionnaire et talentueux. Il réalise lui-même toutes les cascades, notamment à cheval. La plus périlleuse et aussi mémorable est celle où il saute depuis le wagon d’un train en marche passant au-dessus d’un pont : il atterrit alors quelques mètres plus bas avec son cheval et tous deux rejoignent tranquillement la rive. Toutes ces scènes incroyables sont racontées dans ses mémoires : Du Far-West à Montmartre, publiées en 1962.

Après la Seconde Guerre mondiale, il continue de travailler dans le cinéma mais plutôt comme directeur technique ou de production. Il dirige également un journal humoristique, la Boite à Sel et publie ses mémoires ainsi que plusieurs ouvrages sur le western et les indiens.

 

Défilé du Club Hippique du Lasso près de l’Arc de Triomphe à Paris dans les années 50, photo extraite des mémoires de Joe Hamman.
Le Club Hippique du Lasso traverse la place de l’Opéra à Paris dans les années 50, photo extraite des mémoires de Joe Hamman.
Entraînement sur le Trocadéro aux pieds de la Tour Eiffel dans les années 50, photo extraite des mémoires de Joe Hamman.

Mais surtout en 1948, il fonde le Club Hippique du Lasso et relance ainsi le mouvement initiée par sa première association quarante plus tôt. Les objectifs demeurent les mêmes, les membres veillent à l’exactitude de leur tenue, de leur matériel et de leurs gestes. Les passionnés se retrouvent dans Paris et défilent parfois en tenu de cow-boys. Ils participent à des soirées de gala, des spectacles pour diffuser cette culture qui leur tient à cœur. Parmi les membres se trouvent Paul Coze, Maurice Dérumaux, Georges Fronval, Serge Holtz…des hommes qui ont fait beaucoup pour l’histoire du western en France. Il y a aussi des noms prestigieux comme Gary Cooper qui viendra à Paris rendre visite aux membres du club, ou encore monsieur Gandolfi, président du Western Club de Genève, Roger Féral, journaliste et homme de télé, Fernand Gravey, acteur, Maurice Chevalier, chanteur, Salvador Dali, artiste peintre.

Joe Hamman rentre dans son atelier en 1958, photo extraite de ses mémoires.

Il meurt en 1974 à Dieppe. Jusqu’à la fin de sa vie, Joe Hamman conserve une passion intacte pour le western dont il demeure l’un des plus grands ambassadeurs. Il soutient tous les projets, les clubs, les associations, les parcs qui mettent en avant la culture de l’ouest américain et du Far-West.

Titulaire d’une thèse de doctorat en histoire et spécialisée dans l’étude du patrimoine, je suis passionnée par la recherche sur l’héritage des sociétés. Actuellement, je suis enseignante en lettres-histoire dans un lycée public près de Perpignan dans le Sud de la France. Après dix ans d’équitation classique, j’ai découvert l’équitation western il y a environ huit ans. Je me suis immédiatement intéressée à cette équitation qui a une approche différente, en particulier pour le travail du bétail. Ma curiosité d’historienne associée à ce vif intérêt pour le milieu western m’ont conduit a effectué des recherches sur l’arrivée de ce mouvement en France.
Votre cheval et vous! Passionnément! Lyne xxx
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6 Replies to “Joe Hamman, est-il l’instigateur de la venue de l’équitation américaine en France?”

    • Lyne Laforme Auteur de l'article

      Cet article est le début d’une série sur les gens qui ont marqué l’histoire de l’équitation américaine (western) en France. À tous les mois il y aura un nouvel article. Merci pour ton mot 🙂

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