LE CLUB DU LASSO en FRANCE : ses différentes formes au 20e siècle

En collaboration avec Émilie Sureau, historienne, nous enchainons avec ce troisième article sur l’histoire de l’ÉQUITATION WESTERN en France. 

L’histoire a toujours été très importante pour moi et d’avoir la possibilité d’apprendre à travers les textes d’Émilie est un pur bonheur. 

Et c’est grâce à ses bâtisseurs qui y ont cru, qui en ont fait leur style de vie qu’aujourd’hui l’équitation western fait parti de vos vies. 

Cet article explique comment le CLUB DU LASSO a eu un impact significatif du début des années 1900 jusqu’à aujourd’hui sur l’intégration de la culture western en France.

Au début du 20e siècle, les Européens découvrent l’histoire de l’ouest américain à travers le spectacle de Buffalo Bill : le Wild West Show. A mi-chemin entre le cirque et la reconstitution de scènes historiques, cette exhibition suscite la curiosité et la fascination parmi un grand nombre de spectateurs et déclenche même chez certains une vocation, voire une passion pour l’ouest américain. C’est justement mu par cette ferveur pour le Far West que des hommes tels que Joe Hamman et Paul Coze ont fondé successivement trois associations ayant pour but la promotion de cette culture de l’ouest américain et donné naissance au mouvement western en France.

BLUE STAR ASSOCIATION, la toute première association « western »

Artiste, acteur, dessinateur, Joe Hamman a travaillé quelques mois dans un ranch aux Etats-Unis. Il a appris les techniques de rassemblement du bétail, le maniement du lasso… Lorsqu’il rentre en France, il n’a qu’une envie c’est poursuivre son aventure américaine. Il s’entraîne alors régulièrement dans le parc de Bagatelle, devant des promeneurs ébahis de voir cet homme avec sa tenue de cow-boy réaliser des crinolines au lasso sur les pelouses parisiennes. Il fait même des adeptes parmi les jeunes qui le rejoignent régulièrement au parc pour s’exercer. Il loue alors une écurie rue Saint-Charles dans le quartier de Grenelle pour loger le cheval qu’il vient de s’acheter, le fameux « Pieds Blancs » déjà évoqué dans un précédent article.

En 1908, il fonde la Blue Star Association avec deux amis : un anglais et un professeur d’éducation physique. C’est la première association dédiée à la culture western en France. Le but est de faire vivre la culture de l’ouest américain par la pratique de l’équitation western, l’entraînement au lasso, au fouet et au tir…

Les membres de la Blue Star Association dans les années 1910.

Etant le seul à posséder un cheval, il parvient à convaincre les cochers de la Compagnie des Petites Voitures de lui prêter des chevaux pour que les autres membres puissent monter également.

Devant le refus des loueurs de manège de les accueillir pour s’exercer, ils s’entraînent sur des terrains vagues comme celui du Vélodrome d’Hiver alors en construction, dans le parc de Bagatelle. Ils défilent dans les rues de Paris…

Au bout de quelques mois, ils parviennent à acquérir trois chevaux supplémentaires qui rejoignent Pieds Blancs. L’intérêt est de posséder leurs propres montures et de pouvoir les habituer au lasso, au fouet et à leur style de monte. En effet, les loueurs habituels se plaignent souvent que leurs chevaux deviennent « craintifs avec leurs exercices de cow-boys ».

Ils pratiquent également le tir dans les sous-sols de magasins boulevard Richard Lenoir appartenant à leur ami anglais. Ils « s’amusent » à moucher une chandelle ou à couper une carte en deux comme Joe l’avait vu faire dans les ranchs américains.

Enfin ils se produisent dans des spectacles notamment sur les champs de course ou pour des fêtes caritatives. Dans son livre autobiographique, Du Far West à Montmartre, Joe Hamman raconte le souvenir d’une démonstration à l’hippodrome près de Tréport. Ils étaient arrivés de nuit avec les autres membres et n’avaient pas trouvé d’endroit où loger donc ils ont campé sur la plage. Le matin ils sont réveillés par les gendarmes qui veulent les arrêter pour cette infraction mais l’organisateur arrive à temps pour résoudre la situation. Il ajoute « votre équipe et la renommée des cow-boys sont d’un grand attrait pour la jeunesse ».

Ces premières années de tâtonnement vont cependant répandre un engouement pour la culture western, particulièrement à Paris. Les principales personnes touchées sont des personnalités du monde du spectacle (cinéma, théâtre) de la littérature et du journalisme. Parmi les adhérents de la Blue Star, on compte Pierre Lecomte de Noüy, scientifique et écrivain, Guy Arnoux, illustrateur et graphiste, Jean Droit, peintre, illustrateur et écrivain, qui a beaucoup travaillé avec Joe Hamman notamment pour le cinéma, et d’autres moins connus tels que Burcan, Berguin, Contamin, Langloi…

Les événements de 1914-1918 stoppent ce premier élan et l’association meurt avec l’arrivée de la Grande Guerre.

CLUB DU LASSO, poursuivre la promotion de la culture western : prise 2

Il faut attendre les années 30 pour que Paul Coze relance le Club du Lasso et poursuive ainsi le mouvement déclenché par Joe Hamman quelques années plus tôt. Dès 1932 (ou 1935 selon les sources), les membres du club se retrouvent fréquemment au nord du bois de Boulogne, au jardin d’Acclimatation, un espace vaste qui permet de s’entraîner plus aisément. D’autres séances sont organisées au manège Olive, rue de Montevideo. Rapidement le club fait des adeptes : Maurice Dérumaux, ami fidèle de Paul Coze, Henri Moretti, Les frères Dupiré, André Tarbes, Boss, Schmitt, Simonot, Lecable, Delarue…

Diverses activités sont organisées par le club : défilés, démonstrations, initiations…

Depuis son atelier, rue Campagne-Première, Paul Coze initie le « Tout Paris » au western. Il reçoit régulièrement des artistes comme les vedettes du Casino de Paris, Suzanne Gray et Carmen Fleury, ou encore Miss Paris 1932, Line De Souza, ainsi que l’élite de la noblesse française. En 1934, une série de photographies est réalisée avec Elisabeth Argal, Miss Paris 1934, dans les jardins du Trocadéro.

Paul Coze et Miss Paris en 1934, devant l’ancien palais du Trocadéro

Paul Coze réalisant une crinoline en 1934, toujours avec miss Paris

Un article du journal l’Intransigeant du 29 janvier 1934 admire « la façon avec laquelle il (Paul Coze) lance sa corde et réussit les grandes vagues de sa gracieuse crinoline ».

En mai 1935, une première manifestation a lieu au jardin d’Acclimatation avec l’organisation d’un rodéo.

Le 26 mai 1938, lors du Polo de Paris organisé sur les pelouses de Bagatelle, le club propose des démonstrations de maniements du lasso.

Guy DUPIRE, membre du club du lasso, au polo de Bagatelle en 1938.

La liste de ces mondanités permet de constater que le club du lasso reste quelque peu confidentiel, localisé essentiellement sur Paris, et surtout réservé à quelques privilégiés gravitant autour du monde du spectacle, comme c’était le cas pour la Blue Star Association. Ce constat peut sembler paradoxal lorsqu’on sait que Paul Coze était un ethnologue avec un sens aigu de la précision et de la justesse pour ses recherches. Mais il avait sans doute compris l’intérêt de susciter l’engouement des médias pour diffuser et sauvegarder une culture éloignée des classiques européens.

De nouveau, ce sont les événements politiques qui vont faire cesser les activités de l’association. En 1939, le début du Second conflit mondial emporte avec lui les rêves de Far West, de grandes plaines et de poussière.

CLUB HIPPPIQUE DU LASSO, installer durablement la culture western : prise 3

Après la Seconde Guerre mondiale, la vie reprend lentement. Alors que le pays se reconstruit progressivement, les amateurs du Far West, du lasso et de l’histoire de l’ouest américain se retrouvent.

En 1948, Joe Hamman fonde le Club Hippique du Lasso et poursuit ainsi le mouvement débuté quarante plus tôt. Les objectifs demeurent les mêmes, les membres veillent à l’exactitude de leur tenue, de leur matériel et de leurs gestes. Dans son ouvrage, Gardian j’étais aussi cow-boy, René Baranger explique que les statuts de l’association sont stricts sur la conduite à tenir, la tenue vestimentaire : pantalon frontière (pantalon de travail) ou blue-jeans, bottes à hauts talons et chapeau. Enfin l’une des dernières conditions pour être adhérent est d’être cavalier et de posséder une selle et une bride. C’est la raison pour laquelle l’association se nomme le Club HIPPIQUE du Lasso. Joe Hamman et les autres membres du bureau souhaitent en effet que les adhérents soient obligatoirement cavaliers et s’entraînent régulièrement pour faire des démonstrations de qualité.

Les entraînements ont lieu principalement dans le bois de Boulogne. Les espaces de verdure permettent aux membres de galoper sur de grandes longueurs, de travailler le contrôle des allures et de s’exercer au lasso. Les lieux emblématiques du Far West revivent avec l’imagination des cavaliers : la stèle érigée en l’honneur de l’aviateur de Santos-Dumont se transforme en stèle de Wounded Knee, le chemin conduisant à la Cascade le Grand Canyon…

La patrouille au parc de Bagatelle : Jimmy Clauzel, Roger Dameron, Joe Hamman, René Baranger et André Desvignes.

Un certain monsieur Couraud accepte de louer ses chevaux pour les entraînements. Propriétaire d’un manège rue de la Ferme à Neuilly, il est proche du jardin d’Acclimatation et du lac Saint-James.

Les membres actifs de l’association sont :

  • Paul Coze (indianiste et ethnologue), Maurice Dérumaux (indianiste), Serge Holtz (publicitaire), René Baranger (éditeur, écrivain et homme de spectacle), Roger Dameron (dessinateur et illustrateur), Jimmy Clauzel (directeur du manège de l’Isle-Adam), André Desvignes (directeur du Relais de la Belle Aurore), Robert Dehesdin (propriétaire de la chapellerie Gelot, place Vendôme)… et nous pourrions en citer encore plein d’autres, des hommes qui ont fait beaucoup pour l’histoire du western en France. Il y a aussi des noms prestigieux, membres d’honneurs ou sympathisants comme le Général d’Humières, Gary Cooper qui viendra à Paris rendre visite aux membres du club, et d’autres personnalités américaines le sheriff Boies d’Arizona, Belden, ranchman au Wyoming, Gandolfi, président du Western Club de Genève, des hommes de la télévision et des artistes comme Roger Féral, journaliste et présentateur, Fernand Gravey, acteur, Maurice Chevalier, chanteur, Salvador Dali, artiste peintre.
  • Les passionnés prennent le nom de « patrouille » et se retrouvent dans Paris où ils défilent en tenu de cow-boys. Ils participent à des soirées de gala, des spectacles pour diffuser cette culture qui leur tient à cœur :

Joe Hamman sort de la librairie à cheval après la signature de son livre.

  • Participation aux fêtes de la 2e DB dans le jardin des Tuileries,
  • Signature du livre d’Hamman à la librairie de la Chaussée d’Antin
  • Fête des Drags à l’hippodrome de Longchamp
  • Réceptions en l’honneur de Gary Cooper qui se voit offrir un chapeau par Robert Dehesdin de la chapellerie Gelot, mais pour John Wayne, Errol Flynn, héros des westerns modernes.
  • Haies de cavaliers à l’entrée du théâtre lors de la présentation des ballets des indiens CREWS
  • Rodéo américain de Bob EAST, au palais des Sports rue de Grenelle
  • Inauguration de chaque nouveau spectacle du Crazy Horse Saloon
  • Offre d’un lasso d’honneur sur scène à l’Olympia à Gloria LASSO (grâce à Bruno COQUATRIX), marraine du club.
  • Multiples réunions sur le terrain en présence des personnalités de l’époque : Jean Marais, Armand Mestral…

Gary Cooper fait une démonstration du maniement d’armes au Relais de la Belle Aurore chez André Desvignes à Paris (6e).

Jean Marais et Robert Mottura, probablement au Crazy Horse Saloon.

  • Réunion régulière chez le « shérif » André Desvignes, propriétaire du restaurant la Belle Aurore, rue Gomboust (aujourd’hui pizzeria Gambino) dont les membres sortent tard, joyeux en tirant des coups de feu en l’air… (une autre époque)

Les membres du Club passent régulièrement à la télévision grâce aux relations de Joe Hamman avec les médias : notamment les journalistes Jacques Chabanne et Roger Féral qui animent l’émission le « Paris-Club » et les articles de Féral dans France Soir. Cette énorme publicité augmente le nombre d’adhésions parmi toutes les catégories sociales et professionnelles. Ce n’est plus la version élitiste des premiers clubs de 1908 et 1932.

Les membres du Club sont reçus à l’émission « Paris-Club »

Après la création du Club Hippique du Lasso, de nombreuses associations westerns ont vu le jour en France. Certaines ont tenu, d’autres ont été éphémères, toutes ont eu le mérite d’exister. Joe Hamman regrette qu’aucune n’ait réussi à se rassembler en une grande fédération et évoque le cas de l’Allemagne.

Malgré les décès de Joe Hamman et Paul Coze en 1974, le Club Hippique du Lasso est maintenu un temps par Serge Holtz qui continue en leur mémoire à valoriser la pratique du lasso, les activités équestres… Si les réunions du club sont de plus en plus espacées, ainsi que les animations, les adeptes de la culture western n’en sont pas pour autant moins nombreux bien au contraire. Le 12 décembre 1977, un repas commémoratif est organisé au restaurant « Royal Champagne » à Champillon près d’Epernay. Il s’agit du nouvel établissement tenu par André Desvignes, membre de la première heure du Club Hippique du Lasso. C’est la dernière réunion de l’association qui sera par la suite dissoute mais cette soirée a été l’occasion pour tous de se retrouver et de se rappeler les souvenirs de cette incroyable épopée.

Lorsque Michel et Dominique Blanc-Dumont, Dominique Genais et Jean-Claude Michelon fondent en 1975 la Lone Star Association à Maisons-Laffitte, c’est bien entendu en hommage à la Blue Star Association et à Joe Hamman. Les différents clubs du lasso de 1908 à la fin des années 70 auront donc marqué durablement les générations et surtout auront réussi leur mission de diffusion et de valorisation de la culture western en France.

Article réalisé, notamment pour les photos, avec l’aide des ouvrages de Joe Hamman, Du Far West à Montmartre et René Baranger, Gardian, j’étais aussi cow-boy. Le catalogue de la collection Paul Coze de Daniel Dubois.

Merci ÉMILIE SUREAU

Titulaire d’une thèse de doctorat en histoire et spécialisée dans l’étude du patrimoine, je suis passionnée par la recherche sur l’héritage des sociétés. Actuellement, je suis enseignante en lettres-histoire dans un lycée public près de Perpignan dans le Sud de la France.
Après dix ans d’équitation classique, j’ai découvert l’équitation western il y a environ huit ans. Je me suis immédiatement intéressée à cette équitation qui a une approche différente, en particulier pour le travail du bétail.
Ma curiosité d’historienne associée à ce vif intérêt pour le milieu western m’ont conduit a effectué des recherches sur l’arrivée de ce mouvement en France.

Un programme complet et simple pour vous accompagner pendant ce confinement.

« Possibilité d’un autre format que le dvd si vous n’avez pas de lecteur ».

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