LE CONCEPT DE LA SENTINELLE…ça vous dit quelque chose?

Synchronisme et co-sentinelles.  A noter mon “chi’’ orienté droit devant et la position de mon bras gauche qui l’attire vers moi car elle aime bien visiter avec la foule. Quand j’ai orienté mon bras plus à gauche, elle est allée visiter les gens puis avec le toucher de la main, je l’ai ramenée à notre parcours.  Elle était encadrée par l’unicycliste qui faisait le tour d’elle pendant la parade et derrière nous une calèche à 6 chevaux.                           Photos Patricia Barker. 

Je vous présente Denyse Roussellet avec qui je partage l’écriture de ces articles. Je suis profondément remplie de gratitude que la vie l’est mise sur ma route. Une belle rencontre!

Denyse Rousselet, cavalière du Québec depuis 35 ans, a eu l’immense privilège depuis une douzaine d’années de voyager à la rencontre de nombreux horsemen/horsewomen fort reconnus pour leurs compétences en horsemanship tout en étant aussi réputés pour leurs performances exceptionnelles avec leurs chevaux.

Plusieurs stages en France, Italie, Costa Rica, USA, Ontario et Colombie Britannique totalisant environ un an, lui ont inculqué des notions, concepts et stratégies pas fréquemment enseignés dans nos milieux équestres.

En cours de route, en Colombie Britannique, elle a rencontré Indy une jument débourrée par un maitre hors pair tout en douceur mais combien efficace. Cette jument ayant vécu 4 ans dans une immense vallée de 12 km avec 35 chevaux et 40 vaches a su enseigner à Denyse une façon différente de faire car cette chère Indy connaissait à fond la subtilité du langage corporel des chevaux. Ensembles elles ont eu un parcours intéressant et diversifié qui a façonné sa vision de l’équitation et des chevaux. Une vision basée sur des principes d’éthologie équine et de développement des sphères mentales et émotives des chevaux. Indy est photographiée dans des magazines, calendriers, sites web. Ce cheminement a amené Denyse à être reconnue par ses conférences et cliniques sur le développement d’un bon cheval de randonnée ainsi que des diverses stratégies afin de développer un cheval confiant, sécuritaire et bon partenaire.

SÉRIE : STRATÉGIES POUR BÂTIR LA CONFIANCE CHEZ VOTRE CHEVAL

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3ième article : Le concept de la sentinelle...

Le cheval étant animal de proie, dans le troupeau il y en a toujours un qui est aux aguets. Le rôle de la sentinelle est d’évaluer l’environnement afin de s’assurer que le troupeau puisse brouter en sécurité. La sentinelle est le cheval qui, étant le plus confiant ou le plus expérimenté, protège le troupeau.

Il ne faut pas oublier que les chevaux sont plutôt méfiants, voire peureux de nature. Ils apprécient que l’humain marche en avant d’eux pour les guider. Dans sa nature, l’humain, plutôt prédateur, est porté à assumer spontanément ce rôle de guide. Toutefois, afin de développer leur confiance il faudra que les chevaux prennent graduellement le rôle de sentinelle avec leur humain.

Les chevaux partagent le rôle de sentinelle entre eux au paddock et lors des randonnées

Le rôle de surveillance implique trois sens soit l’ouïe, la vue et l’odorat. Le cheval a des pavillons d’oreille très mobiles et multi-directionnels à 180 degrés; il entend les sons jusqu’à 5 km. Quant à son acuité visuelle elle est supérieure à celle de l’humain soit 20/30; son champ visuel est de 350 degrés ce qui veut dire qu’il voit à peu près partout sauf directement devant et derrière lui. Son odorat est 5 fois plus développé que son partenaire humain. Il est donc fort bien équipé pour faire le guet et percevoir quand il y a un danger.

Quand on observe les chevaux au paddock ou au pâturage, nous constatons qu’il y des chevaux qui sont les sentinelles, qui observent les alentours pour s’assurer que le troupeau soit en sécurité. Lors d’un voyage avec une amie, nous avons installé nos deux juments dans un superbe paddock, transféré tout l’équipement puis sommes entrées dans la maison avec nos effets personnels puisque les chevaux étaient bien calmes.

Quand nous sommes sorties une heure plus tard, les deux juments étaient couchées, queue à queue et j’ai dit à mon amie ‘’ elles sont placées afin de voir et percevoir tout autour d’elle pour 360 degrés se partageant équitablement ce rôle : à chacune sa moitié’’. La photo prise de loin est mauvaise mais combien précieuse.

Lors de randonnées, les cavaliers remarquent que leurs chevaux assument le rôle de sentinelle, toutes directions. En plus de leur champ visuel exceptionnel, ils changent l’orientation de leurs oreilles selon leur position dans le groupe; il tourneront la tête s’ils veulent avoir plus d’information.

Dans un groupe le cheval de tête pointe ses oreilles vers l’avant afin de surveiller ce qui peut se passer là. On voit ici Merlin, le regard et les oreilles bien centrés vers l’avant.

Le ou les chevaux au centre pointent leurs oreilles sur le côté tel que démontré par Timber dont l’oreille droite est pointée plus vers l’arrière que l’oreille gauche.

Il en est de même pour le cheval de bât qui est habituellement un peu en arrière du cheval de tête. On voit ci-bas Poney le fjord à droite avec les oreilles pointant en avant et Indy à gauche qui surveille les côtés et même en arrière puisqu’elle est deuxième et dernière.

Quant au dernier cheval, il pointe habituellement une oreille un peu plus vers l’arrière.

Lorsqu’un cheval est seul, il doit assumer tous ces points de surveillance, une des principales raisons pourquoi la randonnée en solitaire est plus exigeante pour le cheval.

L’humain sentinelle

Nous, humains, avons tendance à aller directement au but quand nous allons quelque part. Nous ne faisons pas route arrière à moins d’avoir oublié quelque chose et non parce que nous avons peur. Nous sommes portés à marcher devant notre cheval, donc d’assumer, sans nécessairement le réaliser, le rôle de sentinelle.

Nous ne sommes pas nécessairement conscients de comment se sent notre cheval car souvent nous ne le regardons pas et nous ne nous préoccupons peu de ce dernier à moins qu’il offre de la résistance en tendant la laisse.

Un bon leader sentira dès le début, cette tension et saura que son cheval ne suit pas le ‘’ SENTI’’ sur la laisse.

Si on veut développer la confiance chez son cheval, il est primordial que le leader soit conscient de l’état émotif de son cheval afin d’adresser, voire prévenir toute inquiétude en laissant au cheval le temps de regarder, d’évaluer la situation puis de se détendre (un article suivra sur la relaxation du cheval). Le cheval nous indiquera qu’il est à l’aise et prêt à avancer.

Oui, si nous sommes prêts à écouter, les chevaux nous indiquent leur état émotif assez clairement. Le but : remplacer la sécrétion d’adrénaline par l’endorphine.

Récemment une dame, peu expérimentée, me racontait qu’elle avait tenté d’amener son cheval faire une mini-randonnée. Elle ne s’est même pas rendue au bout du champ, le cheval étant TRES NERVEUX selon elle. ‘’ Et pourtant’’ me dit-elle ‘’ j’y suis allée la semaine précédente avec mon entraineur qui marchait avec nous’’.

Eh bien oui, l’entraineur marchait devant le cheval. Mais, seul avec la dame, le cheval n’avait pas seulement perdu sa sentinelle; il avait aussi perdu un deuxième élément pour bâtir sa confiance : une cavalière confiante et expérimentée. Certes pas la recette pour assurer un succès, plutôt un échec et espérons-le pas un fiasco.

L’Homme sentinelle précède son cheval. Il ne semble pas centré sur celui-ci qui a la tête haute, yeux grand ouverts, possiblement sans clignoter des paupières et bouche tendue. Cet humain devrait s’arrêter, laisser le cheval regarder et avancer qu’au moment où le cheval lui donne signe qu’il est à l‘aise.

Humain et cheval : co-sentinelles

Une des erreurs les plus fréquentes se produit lorsque le cavalier amène son cheval à un nouvel endroit. Presque toujours en descendant de la remorque le cheval est mené, par l’humain sentinelle, vers l’endroit où il doit aller sans beaucoup d’égard à comment le cheval se sent. Le cheval n’a souvent pas le temps de regarder ni d’évaluer le nouvel environnement, même s’il y est déjà allé, les choses ne sont jamais tout à fait pareilles. Le leader devrait plutôt être à l’épaule de son cheval, afin de bien lire son langage corporel et attendre qu’il soit prêt à procéder vers l’avant, tête basse; à ce moment il peut se synchroniser avec son leader.

Le leader agit comme co-sentinelle. Il devrait toutefois tenir la laisse plus loin avec sa main (30 cm minimum) afin de maintenir un SOURIRE dans la laisse’’ pour avoir un meilleur ‘’ SENTI’’ et ne pas créer de tension inutile.

Quand on mène son cheval, surtout dans un nouvel environnement, il est important d’avoir le ‘’ SENTI’’ sur la laisse; ainsi on sent ce qui se passe chez lui. Si le cheval ne maintient pas le ‘’ sourire’’ dans la laisse, l’humain doit voir ce qui inquiète son cheval et lui laisser le temps d’évaluer ce qui se passe puis attendre son approbation avant de poursuivre sa route. Dans des articles futurs nous étudierons diverses stratégies d’approche/retrait afin de faciliter cette tâche.

Humain "sentinelle" entre le danger et le cheval

Quand une situation inquiète votre cheval, il est important que vous soyez placé entre ce que le cheval peut percevoir comme dangereux et le cheval, donc l’humain, le plus confiant du duo, est la sentinelle. Ainsi, on évite que si le cheval réagit, il ne déstabilise, voire blesse son leader car s’il dévie de son parcours pour éviter le danger ça ne sera certes pas en direction de ce qu’il perçoit comme dangereux. Un cheval effrayé se dirigera toujours du côté opposé au stimulus. Concept d’autant plus important si le stimulus vient de la droite car les gens sont habituellement portés à manipuler leur cheval à leur gauche. Quand le stimulus vient de l’avant le cheval aura tendance à reculer. S’il vient de l’arrière, le cheval ira de l’avant où souvent les humains se trouvent.

Je peux humblement avouer que probablement la seule fois où je n’ai pas adhéré à ce principe c’est lorsque j’étais au ranch où Indy a été élevée dans les Rocheuses en Colombie Britannique. Nous sortions du manège, j’étais à sa droite pour la ramener au champ quand Indy s’est arrêtée et a regardé à sa gauche. Il y avait un ours relativement proche, à environ 8 mètres. Oui, un OURS! (je le voyais bien plus gros qu’il était en réalité). L’ours n’était pas en mode ‘’chasse’’, il marchait calmement parallèle à nous deux. Je peux vous dire que, malgré le principe, je suis restée à droite et un peu en avant d’Indy qui était bien éveillée, mais calme. Un cheval élevé dans la nature sauvage ne brûle jamais d’énergie si pas nécessaire afin de garder toutes ses réserves en cas d’attaque de prédateurs. Ils développent une facilité de se calmer rapidement : un très bon atout.

Photos : Denyse entre le camion du maréchal-ferrant qui a son chalumeau bruyant pour chauffer les fers en marche. Indy tête basse, suit le SENTI sur la laisse et un beau synchronisme des de ces membres et de mes pieds.

Cheval "sentinelle"

Quand l’humain marche devant le cheval c’est l’humain qui agit comme sentinelle. Quand il marche à l’épaule du cheval, le rôle de sentinelle est partagé donc co-sentinelles. Le leader est parfois surpris qu’une fois en selle son cheval est moins confiant que lorsqu’il était au sol, même si on est dans le même environnement avec les mêmes stimuli. Ceci est bien normal car le cheval était habitué à voir son humain sentinelle devant lui ou à ses côtés pour le protéger.

Pour développer encore plus la confiance chez notre cheval, une fois qu’il est détendu avec vous à ses côtés, l’humain se positionnera en arrière du cheval ou au moins un peu en arrière d’où serait la selle. A ce moment le cheval devient la sentinelle car il a perdu la protection de son leader, lequel pourra voir les réactions de son cheval en lisant son langage corporel; ainsi il pourra utiliser les stratégies appropriées (elles seront détaillées dans les prochains articles) pour lui aider à devenir plus confiant.

Lindsey Partridge de Harmony Horsemanship en Ontario nous rappelle que pour bâtir un cheval très confiant, le cheval devrait être entre le danger et son humain. Toutefois pour obtenir ceci il faut avoir un cheval bien connecté à son humain de sorte que le cheval puisse suivre les patrons suggérés tels le carré, la figure 8 etc. Ceci prend un humain non seulement confiant mais très concentré avec un focus a 100% avec son cheval : ce n’est pas habituel et doit être travaillé par l’humain avant de commencer son cheval avec cette technique. Ça commence par le synchronisme 100% du temps avec son cheval.

J’avoue qu’il est parfois difficile de trouver des situations où notre cheval est très hésitant si on ne sort pas de notre milieu habituel. Les photos qui suivent ont été prises lors du Horse Lovers Weekend à Upper Canada Village en Ontario, village qui pendant les heures de visite vit selon les normes des années 1800 début 1900. Le cheval est alors le moteur de choix pour tous les métiers. Indy a été invitée pendant 8 ans comme ambassadrice d’équitation éthologique. Il y a au moins 10,000 visiteurs pendant le long weekend de 3 jours donc une multitude de stimuli.

Photo de gauche : Avant de monter Indy sur ce long pont de bois qui se situe devant un moulin très bruyant avec de la machinerie qui bouge +++ dans l’édifice de gauche, et en plus d’être au- dessus de l’eau tumultueuse nous nous sommes promenées, elle devant moi. Quand elle a traversé le pont sans inquiétude, tête basse, elle était prête à y être montée de façon sécuritaire, autant pour moi, que pour elle ainsi que la multitude de visiteurs. Elle a très bien surmonté ce défi.                                                                                                     

Photo de droite : de nombreuses calèches, quelques-unes à 6 chevaux, d’autres tirées par du bétail circulent dans les rues du village. J’explore le village toujours placée derrière où serais la selle avant de la monter seule ou de l’amener en liberté parmi le public, un privilège rare.                                                                                                             Photos : Denyse Rousselet         

Le travail aux longues rênes

Le travail en longues rênes est fort utile pour développer la confiance chez son cheval quand on explore un nouvel endroit. Pas nécessaire d’avoir deux rênes quand on explore, mais la main ouverte sur la laisse pour garder le ‘’sourire’’ et surtout afin de toujours bien sentir son cheval.

Chex et le travail réalisé

Ce vidéo de Chex vous démontre tout le travail que moi-même et Jonathan avons fait afin de donner les bases essentielles à ce poulain qui depuis fin août est retourné au pâturage. 

Le but de notre travail est de faire en sorte que le poulain est une bonne expérience et connexion avec l’humain et qu’ensuite il retourne avec ses copains pour une autre année.

J’ai fait tout le travail à pied et vous avez en exclusivité mon premier travail à pied sans licol. Vous pouvez voir ma joie de le voir si confiant et en connexion avec moi.

Jonathan démontre le travail des flexions latérales. De plus, les 3 allures ont été mises en place sur quelques séances de travail.

Un travail aux longues rênes est aussi démontré.

Un petit extra où Jonathan passe au dessus d’une barre au sol. Chex est tellement confiant, ça fait tellement plaisir à voir. 

Ceci démontre tout ce qui est expliqué dans cet article. Lorsque le rôle de sentinelle est bien établi. Que le cheval est confiant peu importe où vous vous situez par rapport à lui, lorsque vous vous trouvez sur son dos, il prend le rôle de sentinelle avec aisance.

Il est à noter que le travail monté est court soit moins de 10 minutes et il n’a eu que quelques séances lorsque mon travail à pied a été bien établi.

Chex travaille au sidepull. Le mors de filet sera introduit beaucoup plus tard. 

Le cavalier doit être logique et faire preuve de bon sens.
Le cheval sera mieux disposé à travailler si le cavalier utilise une bonne dose de tact équestre, crée une relation privilégiée et de confiance  avec son animal et diversifie ses exercices pour maintenir son intérêt.
 

CHALLENGE DU MOIS

Lorsque vous amenez votre cheval quelque part, surtout ne pas marcher devant lui à moins qu’il soit très inquiet et à ce moment on devrait arrêter et lui laisser le temps de digérer le tout.

On parlera ultérieurement de différentes techniques d’approche/retrait.

Placez-vous à son épaule et plus il deviendra confiant, reculez peu à peu pour finalement être derrière où serait la selle. Plus vous pratiquez cette façon de faire plus vous donnez à votre cheval la responsabilité de faire le guet.

Puisqu’il est parfois difficile pour vous de trouver plusieurs situations avec de nouveaux stimuli, vous pouvez pratiquer en mettant foule d’objets différents dans le manège ou à l’extérieur.

N’oublions pas le synchronisme que l’on doit perfectionner, avec l’allure de nos pas et de notre respiration de même que ces exercices lors du travail avec la longe

Partagez avec nous dans les commentaires quelles sont les sensations que vous avez vécu en ajustant votre respiration de même qu’en synchronisant vos pas a ceux de votre cheval! 

Passionnément cheval! Lyne Laforme
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5 Replies to “LE CONCEPT DE LA SENTINELLE…ça vous dit quelque chose?”

  1. Denyse Rousselet

    Ah!
    J’étais aveugle; j’ai trouvé
    Jonathan : vidéo suoerbe
    Quelle chance ces chevaux d’être dans vos mains au sens figuré évidemment!
    Faudrait que ce vidéo GO VIRAL

    Répondre

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