Les parcs à thème western en France : l’exemple de PALMYROSA

Titulaire d’une thèse de doctorat en histoire et spécialisée dans l’étude du patrimoine, je suis passionnée par la recherche sur l’héritage des sociétés. Actuellement, je suis enseignante en lettres-histoire dans un lycée public près de Perpignan dans le Sud de la France. Après dix ans d’équitation classique, j’ai découvert l’équitation western il y a environ huit ans. Je me suis immédiatement intéressée à cette équitation qui a une approche différente, en particulier pour le travail du bétail. Ma curiosité d’historienne associée à ce vif intérêt pour le milieu western m’ont conduit a effectué des recherches sur l’arrivée de ce mouvement en France.

Entre la fin du 19e et le début du 20e, les premiers parcs à thème, qui ne possèdent pas nécessairement d’attractions (manèges, grand huit et autres trains fantômes), font leur apparition en Europe et en Amérique du Nord. Dès les années 60, largement influencé par le cinéma américain, les parcs sur le thème de l’ouest ouvrent leurs portes en France. 

L’un des tous premiers est le parc de Jean Richard : La Mer de Sable à Ermenonville. Ouvert en 1963, l’établissement propose trois décors western : le désert de l’Arizona, le canyon du Colorado et la vallée du Mississippi. En 1966, deux autres parcs ouvrent leur porte : la Vallée des Peaux Rouges à Fleurines et OK Corral à Cuges-les-Pins. Enfin en 1971, l’ouverture d’El Dorado City complète la liste des parcs western. Pourtant un autre site, moins connu, existe sur la côte Atlantique : Palmyrosa. Comme la Vallée des Peaux Rouges, ou encore Ok Corral et Eldorado City à leurs débuts, il ne comportait aucune attraction mécanique.

La station balnéaire de La Palmyre, située sur la commune des Mathes, près de Royan en Charente-Maritime, voit le jour en 1960. 

Extrait carte IGN 2016

Chacun de ces parcs, cités ci-dessus, mériterait un article, voire un livre à lui seul !

Dès 1963, une fête des fleurs « floralies » est organisée annuellement sur le thème de « La Hollande fleurie ». La commune des Mathes qui est en plein développement touristique souhaite l’installation d’activités attractives comme un zoo, un parc à thème, des jeux… En 1965, Pierre NORMAND et son épouse se portent volontaire pour la création du parc d’attractions. L’année suivante, PALMYROSA ouvre ses portes, offrant au public, un village western avec un fort et un camp indien, un village médiéval et plusieurs parcs floraux à thèmes : la Hollande avec ses tulipes et ses petits moulins, le Japon avec des oiseaux dans d’immenses volières (Tout cela disparaitra progressivement au début des années 70 pour ne laisser que le village western.) Juste à côté, Claude CAILLE fonde le zoo de la Palmyre, un des plus grands parcs animaliers d’Europe.

Vue aérienne du parc, photo IGN 1974

Cette vue aérienne permet de distinguer plusieurs parties du site : les constructions regroupées à l’entrée, le plan d’eau, la pinède et la grande plaine. L’ensemble s’étend sur environ 15 hectares. Comme les dirigeants des autres établissements, M. NORMAND a profité de l’environnement naturel pour implanter un décor western plus vrai que nature.

Avant de s’installer aux Mathes, Pierre NORMAND tenait un magasin d’électroménagers à Saint-Jean d’Angely. Il était aussi animateur d’événements et s’occupait du son et de l’éclairage de ces derniers. A Palmyrosa, il a tout construit lui-même et a passé beaucoup de temps à rechercher du matériel western authentique. (D’après l’entretien avec sa fille Véronique POHL-NORMAND le 8 juillet 2021.)

Passionné de cinéma américain, il affectionne également les trains anciens. Aidé de son apprenti de l’époque Jacques MARTIN qui l’a suivi dans cette aventure, il a installé une véritable gare pour ses trains qui circulaient dans le parc.

Durant la saison d’hiver, aux environs de 1966/1970, M. NORMAND montait même une réplique de leur village médiéval aux anciennes halles de Paris, aujourd’hui disparues, et l’animait avec des artisans potiers, souffleurs de verres…

L’intérieur du Lucky Saloon, au centre derrière le bar, M. NORMAND et sa fille Véronique, collection Alain BONO

Grâce au plan du cadastre de 1988, disponible sur le site des Archives départementales de Charente-Maritime, on comprend comment était organisé l’ensemble.

Extrait du cadastre des Mathes, section AP, 1988

En marron, le village western est composé de deux grandes avenues perpendiculaires le long desquelles on retrouve : le saloon, la banque, les magasins de souvenirs, un studio photo dans le style 1800 où les visiteurs peuvent se costumer et se faire tirer le portrait en sépia…plus loin un stand de tir équipé de Winchester 22 LR. 

Les rues de PALMYROSA, collection Alain BONO.

En vert, le village médiéval (je laisse de côté cette partie du parc qui n’entre pas dans mon sujet et sur laquelle je n’ai pas trouvé beaucoup d’éléments sinon ceux que je vous livre ici.) qui sera occupé et animé plusieurs années par des artisans en costume d’époque qui vendaient leurs créations.

En bleu, le plan d’eau sur lequel flotte la réplique d’un bateau à roue à aube comme ceux qui naviguaient sur le Mississippi.

Enfin, la flèche orange indique le tracé de la grande boucle de la voie ferrée. Il semblerait qu’il existait deux circuits : l’un petit, « floréal » et tranquille, l’autre plus grand, « western » et mouvementé (celui indiqué sur le cadastre).

La boucle « floréal »
Le circuit « Western 

Ouvert d’avril à septembre, Palmyrosa fonctionne surtout avec la saison estivale, c’est-à-dire du 15 juin au 15 septembre. Le reste du temps le parc accueille le public et les scolaires lors des week-ends et des petites vacances.

Dès l’entrée du parc, les visiteurs sont plongés dans l’ambiance de l’histoire de l’ouest de la fin du 19e siècle. 

Entrée du parc Palmyrosa, collection Alain Bono

La gare de la « Western Union » (bleu) et les ateliers (jaune) étaient situés à l’entrée du parc. Sur la vue aérienne ci-dessous, les trains sont visibles à quai. 

Vues aériennes du parc, photo IGN 1986

Les constructions en bois du village sont munies de galeries sous lesquelles les spectateurs peuvent se regrouper durant les nombreux spectacles qui animent la journée.

La rue principale pendant les animations, collection Alain BONO.

Parmi les animations phares du parc, on retrouve les grands classiques de l’histoire de l’ouest : 

  • L’attaque de la banque ;
  • L’attaque du petit train, plus vraie que nature, dans la prairie par « les frères Franck et Jessie James et leur bande » ;
Les Frères James, collection Alain BONO.
Attaque du train, collection Alain BONO.
Les visiteurs sont pris en otage, collection Alain BONO.
  • Le chasseur de primes qui tire sur les bandits et traine ensuite un hors-la-loi derrière son cheval lancé au galop.
  • Les démonstrations de lassos et de fouets…
Le sheriff Al BONO traine un hors-la-loi jusqu’à la potence, collection Alain BONO

A l’entrée, il y avait aussi un stand avec de poneys harnachés western pour faire faire des promenades aux enfants.

A partir de 1975, le Lucky Saloon s’est même transformé en discothèque à partir de 22h et ce jusqu’en 1986/87. Des groupes de musique rock venaient si produire régulièrement le week-end. A l’intérieur du saloon, Pierre NORMAND avait installé de véritables machines à sous datant des années 1900 et 1920. A l’entrée du parc, il a ouvert un restaurant la Fiesta, très réputé pour sa Sangria, et également un mini-golf.

1975, c’est aussi l’année du grand incendie qui a ravagé un grande partie de la forêt des Mathes, mais par chance qui s’est arrêté aux portes du zoo et du parc.

Rues de Palmyrosa et stand des poneys, collection Alain BONO.

Arrivé en 1976, Alain BONO dit le « Shérif » (Originaire de Poitiers mais installé à Royan dès son plus jeune âge, Alain Bono a fréquenté le parc dès ses débuts, travaillant pour les Normand à partir de 1976 et jusqu’à la fermeture du parc.) dirigeait les animations et gérait les équipes de bénévoles (animateurs et cascadeurs) pendant que Pierre NORMAND dit « Pete » faisait l’animation au micro. 

Arrivé en 1976, Alain BONO dit le « Shérif » dirigeait les animations et gérait les équipes de bénévoles (animateurs et cascadeurs) pendant que Pierre NORMAND dit « Pete » faisait l’animation au micro.

Il y avait six animateurs western employés pour la saison. Grâce aux relations et connaissances de M. BONO dans le milieu du western, plusieurs dizaines de westerners et d’indianistes venaient passer leurs vacances sur le site durant les mois de juillet ou d’août. « Cela leur permettait de jouer dans les spectacles tous les après-midi de 14h à 19h ». 

Les bénévoles étaient issus de la région comme Yves GUSTIN, fondateur de la revue Big Bear et son groupe de trappeurs. 

D’autres arrivaient des clubs western de Montargis (le Western Union Montargois) et de Rouen. 

Enfin « des indianistes, avec leur famille et leur tipi, débarquaient même de Belgique ». Durant l’été, de nombreux passionnés de l’ouest américain se retrouvaient à Palmyrosa et participaient en costume d’époque à l’animation du village pour le plaisir des spectateurs. « Les équipes travaillaient avec des copies d’armes, comme la Remington 1850, qui étaient chargées avec de la poudre noire, ainsi que des fusils Winchester munis de balles à blanc. C’était réellement la vie de Cow-boy à la Palmyre ». ( Entretien avec Alain Bono, le 22 juin 2021.)

Le sheriff et les indiens, collection Alain BONO.

Durant la saison creuse, quelques employés étaient chargés de remettre en état les décors pour la saison suivante. Alain BONO s’occupait des chevaux : c’est-à-dire de les faire travailler et de les préparer pour les animations. Il y avait essentiellement des barbes arabes puis à partir des années 80 quelques Quarter Horse. La cavalerie comptait également une demi-douzaine de poneys. Jacques MARTIN veillait à l’entretien des trains et des voies.

L’atelier de M. MARTIN et les trains remisés pour l’hiver. http://www.inventaires-ferroviaires.fr/hd17/17225.1.pdf

En 1984/85, un film a été tourné dans le parc « Emplacement disponible » avec une équipe de cinéastes bordelais.

Tournage du film avec le réalisateur Jean Lluis, collection Alain BONO.

Le parc d’attractions a fermé en 1990, suite au décès de son propriétaire. En 1992, une grande partie du matériel a été vendu aux enchères. Le terrain, loué à la mairie, est devenu un parking pour les visiteurs du zoo.

Pour la réalisation de cet article, je remercie tout particulièrement Alain BONO qui m’a accordé un long entretien et autorisé à publier toutes ses photos. Je remercie également Véronique POHL pour son aide et toutes les informations sur son papa Pierre NORMAND.

Mot de Lyne

Je remercie Émilie Surreau pour cet article des plus intéressant sur l’histoire de ce parc. C’est très intéressant de voir comment des gens comme M. Norman ou Bono se sont impliqués afin de permettre aux gens de la France et d’ailleurs en Europe de connaitre et vivre l’histoire de L’Ouest américain, les cowboys et tout ce qui y touche. 

Je remercie personnellement M. Bono et Véronique de partager avec nous leurs souvenirs.

Une autre histoire est en préparation pour le mois d’Octobre.

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